Réflexions sur la place du flirt et du baiser amoureux dans le monde occidental.


La photographie constitue à mes yeux un formidable taxi pour la diversité et un extraordinaire moyen d’apprécier les infinies variables de l’Humanité. Pour construire la singularité de mon parcours, j’ai mené simultanément études supérieures et photographie. Ainsi, la production de mon discours prend son assise et s’échafaude sur la mise en parallèle revendiquée de mes compétences empiriques et universitaires.


Grâce à mes reportages sociaux et politiques, je rencontre, traverse, échange, ironise, me confronte, m’enivre, côtoie, observe, aime ou m’abandonne à une multitude d’univers. Au cours de toutes ces rencontres, si radicalement différentes qu’elles puissent être, mon regard prend toujours rendez-vous avec de discrets ou flamboyants amoureux.

Lorsque je réalise un reportage sur un sujet particulier, je continue d’enrichir mes séries menées au long cours comme l’est « Love, etc. ». Je conserve donc la permanence de mon écriture photographique dont la cohérence est soulignée par la présence de couples enlacés. Et, comme l’amour s’exprime partout et par tous les temps, j’aime aussi m’attarder sur les amants complices que je rencontre au détour des rues ou de mes pérégrinations.


Ne travaillant pas sur commande, je reste libre dans les choix que j’opère : sur la nature comme sur l’approche de mes sujets. Reporter, j’observe un bout de la vie grâce aux centaines d’anonymes de la petite ou grande Histoire qui passent devant mon boîtier. Mieux, je viens me confronter, me mêler, partager leur Réel, puis je raconte ces moments. Ma photographie dit donc du monde qui nous entoure mais dit aussi de son auteur et de cette alchimie ou de cette cohabitation qui s’opère entre le jeune homme et son point du vue, entre le citoyen attentif et l’individu égoïste, entre l’être sachant et l’être sensible.


Je me focalise spontanément sur les beaux moments de la vie et sur tous les instants de partage relevant de l’intime ou de la multitude. J’aime valoriser les femmes et les hommes dans la quiétude ou l’effervescence de leur existence. Je cherche donc à produire des images résolument optimistes et souriantes et qui parlent plus de la vie que d’une vie en particulier.

Néanmoins, j’observe aussi les visions du monde délibérément anxiogènes qui sont offertes à l’opinion publique. Conscient de cette situation, mon envie, d’abord spontanée, de produire des images positives se mue alors en une forme d’engagement. Dans cette entreprise, les amoureux deviennent mes meilleurs Alliés puisque porteurs de valeurs accessibles à tous. La vision égoïste du monde rencontre et s’associe alors avec les préoccupations du citoyen.


Cependant, l’être sensible peut-il se contenter de cette seule vision tendre et rafraîchissante ? Le citoyen a-t’-il le droit de photographier sans se préoccuper du sexisme, du racisme, des distinctions sociales, etc. ? Lorsque le photographe s’invite, même modestement, dans l’espace public, peut-il oublier que le sujet de son écriture est aussi un outil de faire valoir ou de démonstration ? L’universitaire peut-il ignorer que le flirt est un témoin pertinent de l’évolution des rapports entre les hommes et les femmes et entre tout ceux qui s’aiment pour un jour ou pour toujours ? Le jeune homme doit-il feindre de ne pas savoir que le flirt est aussi le témoin du temps qui passe et qui s’enfuit ?


Il n’y a pas que de l’Amour dans « Je t’aime ». Il n’y a pas que de l’Amour dans le baiser. La pertinence de la série « love, etc. » se tient dans le « etc. » .


Néanmoins, pour ne pas accabler les spectateurs par une formulation fataliste ou dramatique de ces questions, je préfère aborder toutes ces problématiques en m’amusant ou en souriant.

De plus, si mes images se doivent de raconter, d’informer, d’interpeller ou d’interroger, je cherche aussi à ce qu’elles soient esthétiques et graphiques.


Enfin, parce que la vie est toujours plus belle, plus forte, plus amusante, plus inattendue, plus surprenante, plus imaginative, plus pertinente, plus féroce, plus mordante et plus généreuse que toute situation préparée, aussi réfléchie ou érudite qu’elle soit, mes photographies ne sont pas mises en scène.


(texte de l’exposition présentée au Pilori)